Du premier ski-club … à Glaris en 1893 … aux canons à neige balisant désormais plus de la moitié de la superficie des pistes à travers la Suisse, le ski alpin a dessiné les contours d’une véritable civilisation à l’échelle du 20ème siècle.
Si le titre se veut provocateur, assurément (sic!), par une référence aux travaux de l’historien Fernand Braudel qui souligne qu’une civilisation est “un espace, une société, une économie et des mentalités collectives”, force est de constater que le ski possède des propriétés “civilisationnelles” … en plus d’être peut-être “civilisateur” pour renvoyer aussi à des influences plus Eliasiennes et son fameux processus de civilisation de l’Occident.
“Sport national” en Suisse, le ski est à la fois très pratiqué (de 7 à 77 ans), il bénéficie d’une couverture médiatique extrêmement large, il est un gage de médailles pour les délégations helvétiques lors des grands événements sportifs (Jeux olympiques, Championnats du monde et Coupe du monde), il est moins clivant que d’autres sports sur le plan de l’engagement des femmes et des hommes, il ne vit que très peu sur les frontières internes (linguistiques, culturelles, religieuses, politiques) de la Suisse, il structure une économie des régions de montagne jusqu’à les rendre dépendante, il constitue un inévitable objet promotionnel (on ne compte plus les publicités – y compris pour des produits n’ayant aucune relation à la montagne ou à la neige) du Swiss made, bref, c’est un fait social total … un trait d’union singulier dans un pays qui parfois se cherche des raisons à vivre ensemble.
Plus récemment, le ski alpin est aussi devenu une vigie plus politique des transformations en cours des régions de montagne sous l’effet d’un réchauffement climatique qui tend à s’accélérer. Entre déni et affichage d’un “tourisme quatre saisons” (l’a-t-on déjà rencontré?), la réalité d’une forme d’économie mono-activité (pour ne pas dire mono-maniaque) tend encore davantage à se poursuivre plutôt qu’à inventer de nouvelles manières de profiter des régions de montagne en hiver. Un jour prochain, la neige sera encore plus rare qu’aujourd’hui, le ski aura poursuivi sa réélitisation déjà amorcée depuis le début des années 2000, et il faudra bien se résoudre à imaginer une transformation radicale de la civilisation du ski… d’ailleurs “toutes les civilisations sont mortelles” comme l’écrivait Paul Valéry.
Première véritable synthèse accessible, La civilisation du ski. Une autre histoire de la Suisse ambitionne de donner à ses lecteurs à la fois un aperçu des logiques de développement de cette “civilisation”, mais il ouvre aussi de très nombreuses pistes pour de futures analyses pour des approfondissements dans notre connaissance de la montagne en hiver.
