La construction de l’Olympia Bob Run à St. Moritz

Une histoire incroyable … un objet unique … la plus grande construction en neige du monde!

La piste « Olympia Bob Run » est longue d’environ 1720 mètres avec un dénivelé de 130 mètres et une pente moyenne de 8%. En ce qui concerne cette piste, le « environ » au sujet de sa longueur est très important car la piste est « naturelle » et il faut la reconstruire chaque hiver, ce qui implique des légères différences aussi en fonction de la qualité de la neige et des températures lors de la construction, interdisant toute possibilité de comparer les performances entre les années. La piste est composée de 19 virages, elle démarre à St. Moritz, dans les jardins du célèbre Kulm, et se termine à Celerina. De fait, la piste « Olympia Bob Run » est la seule infrastructure naturelle de bobsleigh au monde qui soit utilisée pour des compétitions internationales, et c’est aussi la « plus grande sculpture de neige du monde ».

La piste a été construite par les premiers membres du St. Moritz Bobsleigh Club, qui a été créé en 1897 et constitue donc le plus ancien club de bobsleigh au monde. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, le bobsleigh et les autres types de sports de luge sont très populaires auprès des touristes qui viennent en hiver en Engadine et plus largement dans les Alpes, sachant aussi que le ski est alors encore un sport très aventureux et que le bob (ou la luge) est probablement plus accessible. La piste « Olympia Bob Run » a été créée officiellement durant l’hiver 1903-1904, mais ce n’est pas la première piste à St. Moritz car différents témoignages de ces années du début du siècle soulignent l’existence de plusieurs pistes à St. Moritz. Cette tradition s’est maintenue jusqu’à l’entre-deux-guerres, alors que plusieurs prospectus de l’office du tourisme de Saint-Moritz montrent encore un large choix de pistes tout autour de la ville, depuis les petites pentes autour du Palace jusqu’aux pentes situées vers Champfèr.

D’une certaine manière, c’est l’organisation des Jeux Olympiques en 1928 et en 1948 qui va donner son nom à la piste – « Olympia Bob Run » – et en fera la plus importante pour la station, accueillant alors régulièrement des championnats du monde de la discipline. En effet, jusqu’à présent, la piste a accueilli 21 championnats du monde de bobsleigh et de skeleton, et un championnat du monde de luge, et en 2023, Saint-Moritz accueillera un 22e championnat du monde de bobsleigh et de skeleton. Dans les années 1970, l’ajout de manèges au programme d’hiver a ramené la piste à ses « racines touristiques » et a ajouté un nouveau point fort à l’offre déjà très large de Saint-Moritz pendant la saison d’hiver.

Bien évidemment, des ajustements de la piste ont été réalisés à plusieurs reprises depuis les jeux de 1948, notamment dans les quatre derniers virages, pour ajuster la sécurité et étendre les zones de freinage, avec le souci de s’adapter aux vitesses plus élevées atteintes par les bobs. Entièrement naturelle, la piste est reconstruite chaque hiver par la même équipe de bâtisseurs venue du Sud-Tyrol, qui utilise 15’000 mètres cubes de neige et 10’000 mètres cubes d’eau. La construction de la piste commence généralement autour du dernier vendredi de novembre et dure trois semaines, pour l’équipe de quinze ouvriers. La construction de la piste suit plusieurs traditions et une division du travail très stricte. Ainsi, elle démarre traditionnellement après le virage Sunny, se dirigeant ensuite vers le bas de la piste, pour finalement finir avec le haut de la piste à toute fin. Cependant, même après l’achèvement de la piste, le travail n’est pas terminé et l’équipe des bâtisseurs passe tout l’hiver – divisée en plusieurs petites équipes responsables de leur partie de la piste – à entretenir la piste de manière quotidienne.

En plus de la piste « Olympia Bob Run », il y a aussi la piste « Cresta Run », également naturelle et probablement un peu plus ancienne que l’« Olympia » – c’est une question ouverte dans une historiographie qui ne s’est pas encore emparée de ces sujets -, mais dédiée uniquement au skeleton. Il est d’ailleurs intéressant de souligner que les Jeux Olympiques de 1928 et 1948 à Saint-Moritz ont été les deux seuls avant 2002 à organiser des compétitions de skeleton, en utilisant une expertise unique dans la construction de pistes en glace naturelle.

De fait, la construction de la piste est une véritable merveille qui chaque hiver doit être recommencée, et inscrit littéralement l’« Olympia Bob Run » comme un objet unique dans l’histoire des sports modernes.

Le symbole du ski suisse

L’histoire du ski en Suisse est bien plus que celle d’un « sport national », elle constitue un récit national aux racines profondément intriquées dans les processus sociaux de nos choix touristiques, de la construction de nos paysages, de la mise en oeuvre de politiques pour la montagne.

Une interview de Grégory Quin à découvrir en cliquant ici.

L’hôtelier, le politicien et le skieur

Dans un article qui vient de paraître, je vous propose une analyse, en forme d’histoire locale autour de St. Moritz, des processus qui vont présider à la création du ski alpin sur les pentes du Piz Nair dans la seconde moitié des années 1920.
Si plusieurs acteurs ont joué un rôle important dans ce processus, de Walter Amstutz à l’Alpina Ski-Club, en passant par les Chemins de fer rhétiques (qui participent au lancement du Glacier Express en 1930), force est de constater que l’on se trouve alors aux confins d’une histoire du tourisme, d’une histoire des sports en Suisse et d’une histoire de l’occupation (et de la transformation) des territoires alpins.

Fait intéressant, c’est notamment à St. Moritz que se développeront plusieurs innovations, dont les premiers plans des pistes, comme l’exemple ci-dessous extrait du prospectus de St. Moritz pour la saison hivernale 1933/34.

En cas d’intérêt vous pouvez découvrir l’article ici.

En version pyjama, slim ou fromage, choisissez votre combi!

Le ski suisse brille de mille feux cet hiver. Aussi bien chez les femmes que chez les hommes, la combinaison helvétique truste les podiums de Coupe du monde. Devenue iconique au fil des années, la tenue de nos skieuses et skieurs fait partie du patrimoine national. Pour mieux comprendre son évolution, faisons un détour par la garde-robe de Swiss-Ski…

Un article par Sébastien Schorderet, Michel Di Tria, Marie Jadin, Sergio Villarmarzo et Léonard Bagnoud à consommer sans modération

En vidéo

Avec un bonus sur les transformations récentes du paysage du ski en Suisse.

Le ski … ce sport national en Suisse

Dans le cadre de la diffusion du documentaire “La grande histoire du ski”, plusieurs articles et contributions reviennent sur l’importance du ski dans l’imaginaire national helvétique

Un reportage dans le 19.30 de la RTS: “Skier c’est symbolique, quasiment identitaire en Suisse. Analyse du mythe” (19.30, RTS, 19 janvier 2021)

Le ski est-il sacré en Suisse? (Le Temps, 29 janvier 2021)

Le ski en Suisse est-il sacré? (Le Temps, 29 janvier 2021)

Dans le cadre de la série “Histoire vivante” (RTS, 15 janvier 2021), vous retrouverez quelques éclaircissements sur le fonctionnement des “réseaux” du ski.
Ces éléments sont également détaillés dans l’article “Le ski … un spot “alpin” dirigé par des Suisses“, ainsi que dans un chapitre de l’ouvrage “Des réseaux et des hommes” disponible intégralement sur le site de l’éditeur Alphil.

Dans La Liberté (le 15 janvier 2021), une page revient sur la folle aventure des stations de ski et de l’importance du ski pour l’essor des régions de montagne.

Le dimanche 17 janvier à 20h50, Pierre-Antoine Hiroz nous propose sa version de la “Grande histoire du ski“.

En bonus, dans les pages de Jet d’encre, un petit article revient sur le contexte de l’annulation des courses du Lauberhorn.

Quand la Suisse commet un déni d’histoire du sport

« De même que la mort d’un écrivain fait qu’on exagère l’importance de son œuvre, la mort d’un individu fait qu’on surestime sa place parmi nous. Ainsi le passé est fait tout entier de la mort, qui le peuple d’illusions » [Albert Camus, Carnets, tome 1, Mai 1935-Février 1942, Paris, Gallimard, 1962, p. 145]

Par ces deux phrases magistrales, Albert Camus donne un écho singulier à différentes situations que nous vivons actuellement. Alors que le monde traverse une crise sévère, les mots de l’écrivain français m’évoquent aussi ces phrases absurdes entendues récemment.

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La suite ici… :

Quand la Suisse commet un déni d’histoire du sport